Julie Laporte


Mon travail porte essentiellement sur le corps, ses métamorphoses, sa matière observable au plus près, et les analogies formelles que celui-ci entretient avec la nature par le pli. Perçu comme un temple fractal à lui seul, le corps fragmenté se fait métaphore d’un tout envisagé, redessinant de nouveaux paysages qui nous transportent du microcosme au macrocosme. Sensible aux résonnances qu’entretient la photographie avec la musique et la poésie, j’essaye de construire mon travail comme une respiration, un aller-retour incessant entre les déploiements que suggère la pensée.

Pour la série « Intermittences », le systématisme instauré par le pliage permet au support de conserver une géographie en creux et en relief. Tel un origami, la photographie possède alors des dedans et des dehors repliés les uns sur les autres. Dépliée, elle met sur le même plan un envers et un endroit, matérialisant un éclatement de l’espace kaléidoscopique.

Le pliage est systématique dans son accomplissement. En effet, la main exerce sur le papier une action répétitive et compulsive du même. Le corps instaure alors un rapport tactile à la photographie par la main qui contraint brusquement le support. Le pli entaille, coupe et trace alors un réseau complexe, véritable témoignage des actions que le support a subi, révélant ainsi sa mémoire par la faille.

C’est autour de ces failles que les régions de la photographie se répondent. Ses symétries, ses noirs et ses blancs résonnent dans un jeu optique, déroutant le regard. Le plein et le manque s’entrecroisent et s’activent dans leurs équivalences. S’instaurent alors des variations au sein de la différence répétitive des éclats de l’image, induites par le hasard de l’incidence et des réticences lumineuses sur le support lors de l’exposition.

L’espace pictural se retrouve alors en tension entre continuité et discontinuité, concentration et dispersion, systématisme et hasard. Cette dualité, qui est ici constitutive de l’œuvre, est permise par la mise en place d’un procédé automatique qu’est le pliage. Comme une musique qui se joue en boucle, les choses se répètent mais finissent par déployer chacune à leur tour plusieurs résonnances intérieures. Ainsi, le temps du pliage, puis le temps de l’exposition, puis enfin le temps du regard, ouvrent à une dislocation.

 

Pour contacter Julie Laporte

 

Votre nom (obligatoire)

Votre email (obligatoire)

Sujet

Votre message