GROUP Labshow “A-N-D” Alma/Noyau/Diaph8 (#2)

État de lieu #2 – 26/4/2018

La deuxième partie de l’exposition A-N-D, intitulée Photoactivity, combine les projets préexistants de quatre artistes de diaph 8: Florence Cardenti, Sophie Cuffia, Rachael Woodson et César Mejía Cuspoca. Le vernissage du 26 avril a révélé l’espace d’exposition conçu comme le lieu physique de la confrontation et hybridation des images, lesquelles, détournées de leurs intentions initiales se transforment et s’amalgament pour faire œuvre ensemble.

Dans la première partie de l’exposition, à droite de la porte d’entrée, le dispositif perceptif de César Mejía Cuspoca «9 variations d’un monde imaginaire, ou pas» résonne avec l’arrangement carré des images de Sophie Cuffia, tous les deux cohabitant avec l’installation de Rachael Woodson intitulée Un livre marquant ton passage, qui s’intéresse aux espaces autres tels que décrits par Michel Foucault. Cet ensemble, comme la totalité des œuvres faisant partie de l’exposition, se prête à un jeu de lectures multiples dans un fonctionnement polysémique. L’agencement des œuvres articule des liens entre les problématiques de la perception et celles de la mémoire, dans une progression temporelle où l’évolution de l’identité des individus et du collectif sont en jeu. Également, le geste qui tente de regarder par la fenêtre au travers de l’interface-dispositif, semble évoquer le déplacement depuis l’intériorité du foyer familial vers l’extériorité d’un monde inquiétant. Or, à la vue de l’extérieur s’interposent les illusions stéréoscopiques introduites par l’artiste dans son œuvre, qui expriment dans ce contexte les interférences qui perturbent le regard lorsqu’il tente de saisir l’avenir.

Avoisinant l’ensemble précédent on trouve une pile verticale de livres, d’une hauteur virtuellement infinie. Il s’agit de l’œuvre Tentative de reconstitution d’un espace intérieur, construite par Rachael Woodson et Victor Bord Ménier, en employant des livres apportés par le public. Cette tour de livres définit le centre de gravité autour duquel orbite un agencement d’images. Évoquant aussi bien des présences archéologiques que des textes et des paysages, une individualité semble s’éveiller dans l’instant présent pour se retrouver sous l’égide d’une histoire ancestrale : l’installation fonctionne comme une réflexion autour de la culture en tant que construction millénaire.

Au fond de la salle d’exposition, vers la gauche, un vidéoprojecteur aligne les images projetées avec une pile de livres installée derrière lui, sur le même socle. Les images, qui font partie de l’œuvre Trois boulevard des Valendons de Sophie Cuffia, rencontrent une surface de projection complexe en se scindant : la partie centrale se focalise sur un plan mis en avant, tandis que la périphérie de l’image recule pour joindre le mur de l’angle de la pièce, dans une sorte de métaphore d’une vision (ou alors d’une forme de mémoire…) qui opère par sélection et effacement. Cet ensemble, en restant polysémique, indique pourtant une direction bien définie qui semble conjuguer les acquis et les refoulements de la conscience, dans un contexte ou le registre fictionnel miroite le récit officiel.

À côté de la porte d’entrée de l’exposition, vers la gauche, une imprimante figure le leitmotiv qui guide l’exposition. Le dispositif électromécanique d’impression symbolise ici la volonté collective d’intégrer les images, comprises en tant que fragment des œuvres préexistantes, dans un flux continu et inépuisable de nouveaux registres combinés : les images s’envolent dans un registre homogène et s’ouvrent à une multiplicité de lectures et interprétations.

Au sous-sol de l’exposition la totalité de l’espace fut investie par une confrontation tripartite d’écrans de projection, où les images du projet Cœlacanthe de Florence Cardenti interagissent avec celles des autres artistes, provoquant une dérive de sens et du sensible. De façon sporadique, une machine à fumée émane un nuage qui s’installe au centre de la pièce donnant vie à un volume fluide qui révèle les rayons lumineux porteurs des images. L’atmosphère matérialise alors le souffle de la lumière, comme si une sorte de brume voudrait signer la naissance d’une intersubjectivité qui se projette vers une histoire nouvelle.

L’espace du sous-sol fut aussi le lieu de la performance de César Mejía Cuspoca, durant laquelle l’artiste est intervenu sur l’image d’un paysage enneigé : le geste introduit modifie l’action du miroir qui sert de support à la projection, moyennant la mise en place d’un fluide dont la blancheur mime celle de la neige. Ainsi, l’image disparaît en se reflétant sur le plafond, pour réapparaître sur la surface fluide, comme si des morceaux d’image voulaient se déverser afin de se partager entre le ciel et la terre. Dans une exposition construite par agencement de fragments selon des ensembles producteurs du sens, la performance nous rappelle alors la fragmentation interne à l’image, laquelle, entre matérialité et virtualité, ne saurait adopter un lieu ultime.

Vers la fin de la journée, durant le happening organisé par Rachael Woodson, des intervenants du public ont partagé des lectures venant des ouvrages qui ont marqué leur passage entre l’adolescence et l’âge adulte : les images littéraires et intimes sont ainsi devenues des représentations mentales partagées lors de cette expérience qui a clôturé le vernissage.

Texte et crédits photographiques : Pablo-Martín Córdoba.